Nids de guêpes près de la maison

Précieux auxiliaires du jardinier (1) et de la Nature en général, les guêpes sociales sont des insectes prédateurs, dont les couleurs dominantes sont le noir et le jaune qui vivent en colonie. Elles se déclinent dans notre région en une quinzaine d’espèces qui regroupent les Frelons, les guêpes qui s’intéressent parfois à nos tables, ainsi que d’autres beaucoup plus discrètes.

Les nids de guêpes près des humains : quelle cohabitation ?

De nombreux nids de guêpes sociales sont installés à proximité de nos habitations ou dans leurs dépendances. Discrets sous-locataires, la plupart d’entre eux passent inaperçus et ne posent donc aucun problème. Parfois, le nid est bien visible (dans une haie, un grenier, accroché au dormant d’une porte…) et il est généralement habité par des colonies peu populeuses (2) : en plus d’être peu réactives – elle ne piquent quasiment que lorsqu’elles sentent que leur nid est menacé -, c’est parmi ces espèces que se recrutent les plus fragiles (voir par exemple les photographies A et B ci-dessous).

Parfois elles nichent encore plus près des endroits de passage et leur présence peut s’avérer gênante, surtout s’il s’agit de la Guêpe commune ou de la Guêpe germanique (photographie C). Chez ces deux espèces, les nids sont régulièrement souterrains et toujours munis d’une enveloppe cartonnée.

A. Poliste Polistes sp. sur son nid
On reconnaît les nids de Polistes à leur rayon unique et dépourvu d’enveloppe. Les plus gros abritent au maximum quelques dizaines d’individus. Même lorsqu’ils sont installés dans une encoignure de porte dans laquelle l’on passe souvent, la cohabitation ne pose que très rarement problème (on évitera quand même les grosses vibrations à proximité du nid). © Hans Hillewaert / CC BY-SA 4.0

Fin de vie des nids

A l’inverse des Abeilles mellifères qui bâtissent leurs rayons avec de la cire et hivernent dans la colonie, un nid de guêpes sociales est annuel et constitué de carton : la reine, les mâles et toutes les ouvrières succombent avant l’hiver. Seules les jeunes femelles fécondées quittent le nid pour passer la saison froide dans un endroit protégé (par exemple dans le sol).

Le date d’apparition des individus sexués coïncide avec le début du déclin d’activité du nid ; elle dépend des espèces et intervient dès le début du mois d’août chez la Guêpe des buissons, vers mi-août pour la Guêpe saxonne (l’espèce avec un nid à enveloppe grise que l’on retrouve le plus souvent dans les greniers) et au mois d’octobre pour les Guêpes germanique, commune et le Frelon européen.

La gêne que peut occasionner un nid de guêpe dépend largement de l’espèce concernée. Il est souvent intéressant de savoir à laquelle on a affaire pour en savoir plus sur son caractère et sur la durée de vie du nid. Pour identifier une espèce, vous pouvez nous envoyer des photographies (prise de vue du nid et vue de face d’un individu notamment) ou nous envoyer un individu mort trouvé sous le nid.

B. Nid de Guêpe des buissons Dolichovespula media sur un pylône électrique à Bar-le-Duc, août 2015.

L’importante taille des individus de cette espèce ainsi que la présence de plusieurs d’entre eux sur le nid peut impressionner. Néanmoins, bien que nous ayons frappé contre le pylône pour les faire sortir du nid afin de mieux les observer, elles n’ont eu aucune velléité de piqûre. Cette espèce aux nids toujours aériens, bien qu’ayant des mœurs paisibles, souffre des destructions de nids irréfléchies.

Lorsque la cohabitation n’est pas possible, et que la saison n’est pas trop avancée, certaines personnes arrivent à déplacer les nids. Plus tard en saison, il serait intéressant d’expérimenter des produits moins nocifs que les insecticides de synthèse. Des recettes de purins éprouvés comme insecticides au jardin (Absinthe, Tanaisie…) gagneraient à être testées. Si ces préparations présentent le désavantage de ne pas être très sélectives (elles peuvent tuer un large éventail d’autres insectes), elles ne possèdent pas la rémanence de la chimie synthétique.

Les différentes espèces et leurs mœurs sont en règle générale très mal connues du grand public. Elles sont indistinctement considérées et encore trop souvent regardées comme nuisibles. Ainsi le manque de scrupules ou la simple ignorance peuvent mener à détruire un nid qui serait déserté seulement quelques semaines plus tard. Certains mènent également une désinsectisation systématique (comprenant les nids de bourdons et d’abeilles) qui plus est, à l’aide de pesticides de synthèse : des produits dangereux ou polluants. Bien sûr, nous ne recommandons la destruction que comme dernier recours.

Individus importuns

Seules deux espèces de guêpes sociales s’intéressent aux tables que les humains garnissent. Ce sont la Guêpe germanique et la Guêpe commune, aux mœurs et à l’apparence très proches. Elles forment les colonies les plus populeuses et, en plein été et aux heures les plus chaudes la journées, les nuisances pour les personnes attablées sont parfois conséquentes. Assez opportunistes pour nourrir leurs larves, elles s’attaquent à une mouche, à un morceau de viande rouge ou même un ver de terre. Les adultes se sustentent de matières sucrées comme des fruits mûrs, un pot de confiture, une bière ou un verre de sirop.

C. Guêpe germanique Vespula germanica posée sur une feuille de Lierre grimpant et venant de capturer une mouche
Ligny-en-Barrois – 13 octobre 2013

Un gros nid de Guêpe germanique ou commune est réputé capturer environ 500 g d’insectes par jour : mouches, moustiques, chenilles…
Prévenir leur présence sur les tables et les piqûres

Puisqu’il vaut mieux prévenir que guérir, si l’on veut éviter qu’elles ne s’invitent à notre table, on aura soin de ne pas laisser traîner les aliments juteux et sucrés (disposer une moustiquaire sur le melon entamé, débarrasser les épluchures, remballer le jambon, refermer les pots de confiture et les bouteilles de bière…).

Il n’est pas évident d’être attentives et attentifs en permanence à ces recommandations. Il est aussi possible de partager et de leur laisser dans un coin des aliments qui les intéressent particulièrement et qui les détourneront des autres. Pour les matières sucrées, le miel est prisé ; pour les protéines, elles apprécient la viande hachée et les bouchers leurs laissaient autrefois un morceau de foie pour qu’elles s’écartent du reste de leur étal.

On évitera de boire directement dans les canettes opaques en aluminium (ou alors avec une paille fine) : si l’on a pas vu la guêpe s’y introduire, on risque de l’avaler en même temps que le liquide. A l’étroit dans la gorge, se sentant prise au piège, elle risque fort de piquer. Or, le gonflement qui résulte d’une piqûre, quand il est situé au niveau de la trachée, peut empêcher complètement de respirer.

Lorsqu’une guêpe nous tourne autour, l’idéal est de rester calme : éviter de crier, de faire des gestes brusques…

– Si vous marchez pieds nus, regardez bien où vous mettez les pieds.
– Parfums, laques et autres crèmes solaires parfumées peuvent attirer guêpes et abeilles.
– Éviter le voisinage des ruches ou des nids.
– Rester à bonne distance des poubelles mal fermées.
– Éviter les vêtements de couleurs trop lumineuses pouvant ressembler à celles des fleurs.

Répulsifs

Brûler du café semble la technique à la mode à l’été 2020. Apparemment l’odeur n’est pas toujours bien supportée par les humains non plus. Il existe de nombreuses autres plantes à la réputation insectifuge que l’on peut pour certaines planter à proximité de l’endroit à protéger (et en froisser le feuillage de temps en temps), pour d’autres en faire des bouquets (à renouveler au bout de quelques semaines) : Noyer commun, Tanaisie, Lavande, Grande absinthe, éventuellement Basilic…

En cas de piqûre

Il existe nombre d’idées reçues sur les piqûres de guêpes. Dissipons-en quelques-unes…
La plupart des piqûres n’entraînent aucune conséquence grave. Par contre, il faut s’inquiéter si :
– l’on gonfle ailleurs qu’à l’endroit de la piqûre car cela signifie que l’on est allergique (le « pronostic vital » peut alors être engagé), que l’on est pris-e de vomissements, de maux de tête, diarrhées, chutes de tension…
– l’on est piqué-e au niveau de la gorge (il y a alors un risque de suffocation) ou bien en cas de nombreuses piqûres simultanées (20 pour un-e adulte, 4-5 pour un-e enfant).

Par contre :
– une piqûre à la main peut entraîner un gonflement de la main puis du bras : c’est douloureux, mais cela ne suffit pas à caractériser une allergie (penser à ôter ses bagues avant que les doigts ne gonflent).
– la composition du venin diffère en fonction des espèces : ce n’est pas parce qu’on est allergique au venin d’abeille qu’on l’est à celui de guêpe.

Si possible, on identifiera l’auteure de la piqûre (seules les femelles sont munies d’un dard). Si le dard est resté fiché dans la peau, on l’ôtera de préférence avec l’ongle, le côté non tranchant d’une lame de couteau, une carte vitale (pour ne pas écraser le restant du contenu des poches à venin qui restent accrochées avec le dard chez l’Abeille mellifère, l’usage d’une pince à épiler n’est donc pas indiqué). A l’endroit de la piqûre, on évitera de gratter et on pourra approcher – sans toucher la peau ! – une source de forte chaleur (le venin est détruit par la chaleur) comme une flamme, une cigarette incandescente. Cela devrait être suffisant en cas de réaction locale. Autrement, on commencera par désinfecter la plaie (savon, vinaigre, citron non traité par exemple), les remèdes de grand-mère sont multiples : application d’un cataplasme d’argile verte ou de vinaigre ou friction avec du suc de plantain (les trois espèces recontrées en Meuse ont des propriétés équivalentes), un oignon coupé, une feuille de lavande ou encore de basilic.

Pour de plus amples renseignements sur la marche à suivre en cas de piqûre inquiétante, adressez-vous à un centre anti-poison (CapTv de Nancy : 03.83.22.50.50) ou référez-vous, par exemple, à la page internet des centres anti-poison de Belgique.

Menaces et protection

Le Frelon européen (Vespa crabro) est protégé en Allemagne et on considère que les populations Guêpe des buissons sont localement en régression.

Néanmoins, bien qu’ils soient des pollinisateurs et des prédateurs de premier choix, les Hyménoptères (3) payent un lourd tribut aux pratiques de destruction tous azimuts tandis que les colonies les plus faciles à détruire sont souvent bâties par des espèces qui sont peu importunes (et plus ou moins rares).

Il est donc important d’informer le grand public et de préserver les nids qui peuvent l’être. L’expérience montre d’ailleurs qu’il existe le plus souvent des alternatives à la destruction et que la cohabitation est possible dans de nombreux cas.

Questions / Problèmes de guêpes

Pour des questions ou des problèmes de guêpes appelez Meuse Nature Environnement au 03.29.76.13.14

En fonction de la distance (plutôt quart Sud-Ouest de la Meuse) et du contexte nous pouvons nous déplacer pour venir voir le nid et ses petites habitantes pour identifier l’espèce, la gêne occasionnée ainsi que les éventuelles possibilités de cohabitation ou de déplacement.

Dans le cas où vous habitez trop loin de notre secteur géographique vous pouvez toujours parcourir puis poster un message sur le forum Guêpes & Frelons, animé par des personnes qualifiées.

Pour aller plus loin…

Pour des informations sur leur biologie, leurs cycles, la cohabitation ou les piqûres vous pouvez avantageusement consulter :

– les très bons articles d’André Pouvreau parus dans la revue Insectes :

Les Vespides et l’Homme (un rôle bénéfique – la piqûre, une réaction de défense – abondance des Vespides – appâts, pîèges et mesures préventives) [http://www.insectes.org/opie/pdf/2617_pagesdynadocs4eaac16b53ed1.pdf]

Les Guêpes sociales (un cycle biologique annuel – emplacements, aspects et populations des nids – nids enveloppés des Vespini – une alimentation de glucides et de protéines) [http://www.insectes.org/opie/pdf/2457_pagesdynadocs4de6523728d09.pdf]

Les Hyménoptères venimeux piqueurs (les insectes venimeux piqueurs – causes favorisant l’irascibilité – l’appareil venimeux piqueur – la glande à venin – le mécanisme de la piqûre – les venins – facteurs de gravité de la piqûre) [http://www.insectes.org/opie/pdf/3229_pagesdynadocs5214e0273a179.pdf]

– ainsi que le site Guêpes & Frelons, bien documenté [http://guepes_frelons.e-monsite.com/] ;

– à propos de notre pacifique Frelon européen, relisez les trois excellents numéros de la revue La Hulotte qui lui sont consacrés et visitez le site : N’ayons plus peur des frelons ! [http://www.hornissenschutz.de/frelons.htm]


(1) Pour illustrer leur rôle régulateur des populations d’insectes, une ouvrière capture en moyenne au cours des quelques semaines de sa vie 1000 mouches et 1000 chenilles. C’est le rôle d’auxiliaire le plus évident mais il y en a d’autres.
(2) Si un nid de Guêpe germanique ou de Guêpe commune peut abriter plusieurs milliers d’ouvrières au plus fort de son cycle annuel, on compte rarement plus de 600 individus dans un nid de Frelon européen, 300 pour la Guêpe saxonne et les espèce proches et au maximum quelques dizaines chez les Polistes.
(3) Au sein des Hyménoptères sont regroupées les abeilles, les guêpes au sens large ainsi que les fourmis.

Antoine KARP
Antoine KARP

Animateur nature chargé de mission Territoires et Biodiversité
Accompagnateur de projets en lien avec la biodiversité et chargé de suivis de la biodiversité naturelle et cultivée, coordinateur du réseau de jardiniers « 100 refuges de biodiversité »

Dernière mise à jour : août 2020