Le mois de mai au jardin

Guère plus pluvieux que celui d’avril, le mois de mai fut moins venteux. Les températures ont continué d’y évoquer l’été et les arrosoirs n’ont donc pas été dépoussiérés pour rien au premier printemps.

Avant de démarrer, voici une petite devinette de saison. De quelle plante sont issues les graines la photographie suivante ?

Graines mystère : Qui sommes-nous ?

1er et 2 mai

J’observe ma première chenille du fusain (Hyponomeute) de l’année, mais nous en reparlerons un peu plus tard.

Au potager, les légumes poursuivent leur croissance : les pieds de petits pois mesurent 20 cm de haut et les plants de tomate rempotés 15 jours plus tôt se dressent à 10 cm de leur substrat ; les laitues commencent à pommer ; les haricots font leurs premières feuilles tandis que d’autres graines issues du même semis débutent tout juste leur germination. Enfin, les plantes de pomme de terre comptent 2 ou 3 feuilles.

Chélidoine Chelidonium majus
Source : Kreuterbuch, Otto Brunfels – 1562

Parmi les végétaux qui ouvrent le bal des floraisons de mai dans mon jardin, on trouve des Astéracées (=Composées), Pâquerettes et Doronics du Caucase ; des Labiées, Lierre terrestre, Sauge officinale et Thym ; des Rosacées, Pyracanthas, Rosa rugosa et autres rosiers ainsi que des plantes d’autres familles botaniques : la Chélidoine (Papavéracées), le Géranium vivace, la Pivoine, la Consoude, l’Iris (sans doute pseudoacorus), le Bouton d’or (renoncules dont la hampe placée sous le menton permet de découvrir si l’on aime le beurre), la pervenche, le Weigelia, l’Ail des ours. S’épanouissent également les capitules d’annuelles ayant germé l’année passée et ayant survécu à l’occasion de l’hiver plutôt doux : Soucis et Bourrache.

Du côté des arbres et arbustes, l’Aubépine commence à défleurir, le Néflier est encore en fleurs et c’est au tour du Sureau noir de déployer ses inflorescences. D’aucuns les apprécient crues et agrémentent les salades, les desserts ou la limonade de leur parfum puissant et musqué. D’autres les accommodent en beignets. Certains fruits sont déjà bien formés : poires (diam. 2 cm), prunes (1,5 cm), pêches (2 cm) ainsi que cassis et groseille, tandis que les fraises cultivées entreprennent de rougir.

Autres récoltes de début de mois :

  • les plants d’ortie pour les purins et tisanes et les têtes pour en faire de la poudre (succédané de persil)
  • les feuilles de Bouillon blanc (ciselées et séchées, on peut les utiliser en guise de tabac ; il est nécessaire de le mélanger à d’autres plantes). 1ère tarte de rhubarbe
  • la Sauge pour les tisanes ou à faire en chips
  • continuer la récolte de Menthe, de Mélisse et de Thym serpolet ; Récolter graines de Pissenlit (pour forçage, barbe de capucin) et de doucette (mâche). Ces dernières tombent du porte-graine à la moindre secousse. Pour une récolte substantielle il peut être intéressant de les ramasser avant que la rosée matinale ne soit évaporée (afin qu’elle collent encore un peu à leur support).
Floraison du Centranthe rouge
Crédit : Stan Shebs – CC BY-SA 3.0

Au 8 mai : tandis que le Coucou a chanté plusieurs fois cette semaine, l’Ail des ours et la Jacinthe des bois ont défleuri. Tandis que les Saints de glace ne sont pas encore passés, le thermomètre est descendu à 2°C au petit matin depuis 2 jours. Dans les alentours, certains ont relevé -3°C. Les pluies d’hier et d’aujourd’hui ont rempli la mare (une semaine plus tôt, les précipitations avaient remis le puits à niveau). Ils est toujours temps de cueillir les fleurs de Sureau et de Thym, ainsi que celles du Souci pour décorer les salades de ses capitules orange fluo ou les transformer en macérat huileux puis pommade utile pour de nombreuses affections de la peau. Les Centhrantes rouges (également appelés Valériane rouge ou Lilas d’Espagne, ces vivaces sont classées par les botaniste dans la même famille que la doucette, les Valérianacées) ont épanoui leurs fleurs. Le Sureau en est couvert et les Pivoines sont en pleine apothéose et après-demain surgiront les quintuples clochettes des premières Ancolies. Les grappes blanchâtres du Robinier faux-acacia et leur parfum rappelant celui de l’eau de fleur d’oranger nous promettent de savoureux beignets.

A droite : rameau de Robinier faux-acacia en fleur ; A gauche : gousse de cette Fabacée (Légumineuse) – Source : American medicinal plants New York, Boericke & Tafel, 1887

Nous avons cueilli nos premiers radis et nos premières fraises (celles que l’on n’a pas arrosées avec de l’urine diluée ! Pour en savoir plus, voir l’article) et avons repiqué tomates et courges en pleine terre ensuite et les avons ensuite protégées par des pots en terre cuite.

11, 12 et 13 mai : Les saints de glace, Mamert, Pancrace et Servais sont particulièrement ponctuels cette année.

Du 12 au 18 mai, on profite d’un soleil estival au cours des journées et les nuits sont fraîches (autour de 6-10°C) sous un ciel clair et parsemé d’étoiles. On observe de la rosée chaque matin. Le Fusain est désormais couvert de toiles. Les chenilles d’Hyponomeutes, capables de défolier complètement ces arbustes, sont regroupées dans des cocons qui les protègent des prédateurs. L’une d’entre elles se laisse descendre au bout d’un fil soyeux.

Toile tissée par les chenilles des Hyponomeutes
Crédit : Goran tek-en –
CC BY-SA 4.0

Le 18 mai, la fenaison démarre chez le voisin et le Xylocope (ou Abeille charpentière) continue à faire vibrer ses ailes fumées, à tourner et explorer chaque trou de pierre et de charpente. Hier, sur la façade d’une maison de la vallée de la Saulx, j’aperçois les premières guêpes dorées (chrysides) avec leurs reflets métalliques de leur cuticule rouge et bleue. Dans mon jardin, nous avons vu hier une Couleuvre verte et jaune a été observée hier sur un muret du jardin et deux grenouilles vertes se dorent la pilule à proximité de la mare, qui est de nouveau remplie.

Chicorée scarole Cichorium intybus
Source : Herbarium Blackwellianum (1747-1773), E. Blackwell

L’Alliaire forme ses siliques (si ça vous étonne qu’une plante avec un tel nom forme des siliques, reportez-vous à la chronique du mois dernier « Des plantes sauvages comestibles au printemps ! ») et les Euphorbe épurge continuent d’attirer les butineurs et tout en formant leurs premiers fruits. Les fleurs du Kiwaï sont épanouies et celles de l’Actinidia (kiwi) ne vont plus tarder. Les premières Marguerites sauvages, les Troènes et les Iris du jardin (pas les pseudoacorus qui ont fleuri plus tôt) pointent le bout de leurs pétales tandis que les Hémérocalles sont encore en boutons. Les hampes sinueuses des Chicorées scarole, lesquelles ont passé l’hiver au potager, mesurent 1,80 m de haut. Pour profiter du déploiement de leurs pétales, la butineuse et le jardinier se doivent d’être matinaux. Tout comme le Grand coquelicot ou le Chèvrefeuille, elles ne délivrent pas leur pollen à n’importe quelle heure…

En lisière de forêt, l’Anthrisque en lisière de forêt et l’Eglantine montrent leurs fleurs. En sous-bois, les Aspergettes sont, en fonction des endroits, déjà fleuries ou bien on peut encore récolter leurs hampes boutonneuses. Les clochettes ont disparu de la plupart des pieds de Muguet.

Au potager, les Framboises jaunes sont bonnes à récolter – d’ordinaire, on peut en profiter jusqu’à la mi-juin puis de nouveau à l’automne. Le Cardon de l’an dernier, qui a hiverné en pleine terre, trône majestueusement dans le jardin et occupe ainsi 2m². Il est habituellement recommandé de le forcer à l’automne (par exemple en le ficelant dans du carton) pour le rendre moins coriace. Nous nous sommes néanmoins aventurés à en récolter et à le cuisiner aujourd’hui et avons apprécié sa saveur.

Le lendemain, les Petits pois et les messicoles les plus voyantes, Coquelicot et le Bleuet des champs, fleurissent. Le 24, les Robiniers sont déjà défleuris.

Indices pour la devinette : si vous n’avez pas trouvé le nom de la plante qui a donné les graines de la première photo de cet article, précisons que son nom est cité dans cet article et qu’on la range dans la même famille botanique que les coquelicots et que le Pavot.

Virginie DUVALLET
Virginie DUVALLET

Animatrice Nature chargée de mission Transition écologique
Accompagnatrice et animatrice de projets
en lien avec la transition écologique et le développement durable, à destination du grand public, des structures spécialisées et du public jeune. Chargée d’études du patrimoine fruitier et accompagnatrice de création de vergers conservatoires.

Courriel : v.duvallet@meusenature.fr